FOCUS

Soutenir l’innovation dans le domaine de l’hydraulique - ADELE WUDTAVEE

15 juillet 2014

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ADELE WUDTAVEE
Chargée de communication chez INDURA

Contact : a.wudtavee@indura.fr
http://www.indura.fr/

Kamitis : INDURA (Infrastructures Durables Rhône-Alpes) est un cluster français référent pour les enjeux du développement des infrastructures de transport et de production d’énergie. Quels sont ses objectifs prioritaires, qui sont ses membres et quel intérêt trouvent-ils à en faire partie ?

A. Wudtavee : INDURA rassemble et accompagne les acteurs des Travaux Publics sur les enjeux de demain, pour favoriser le développement de projets innovants dans le domaine des infrastructures de transport et de production d’énergie. C’est en quelque sorte la table ronde qui réunit l’ensemble de la chaîne de valeur : entreprises (des PME aux grands groupes, des industriels aux ingénieristes), organismes professionnels, écoles, centres de recherche et instituts de formation.

Nous accompagnons nos membres principalement dans le montage de projets innovants et la recherche de financement, mais aussi la recherche de partenaires et l’aide à la rédaction. Afin de faire émerger de nouvelles idées, nous organisons régulièrement des groupes de travail.

L’animation de réseau tient également une place très importante et appréciée dans notre action, toujours dans l’objectif de stimuler et promouvoir l’innovation. Ainsi nos membres peuvent participer à de nombreuses conférences techniques, soirées thématiques de style « afterwork », visites de chantier… Par exemple, cette année nous avons organisé une soirée sur l’auscultation des ouvrages avec EDF et une sur la réparation des ouvrages hydrauliques avec la CNR. Nos membres ont également pu visiter le chantier majeur de la centrale hydroélectrique de Romanche-Gavet, la PCH (petite centrale hydroélectrique) de Rochemaure, ainsi que divers chantiers d’assainissement.

Kamitis : Quelles sont les actions entreprises au sein du cluster INDURA pour soutenir l’innovation dans le domaine de l’hydraulique ?

A. Wudtavee : Dans le domaine de l’hydraulique, INDURA œuvre à faire émerger des solutions innovantes pour la production d’énergie « verte » (partie génie civil) et la sécurité des ouvrages de protection (barrages, digues…), incluant l’auscultation et la réparation. Sur ces sujets, plusieurs projets sont en cours, à différents stades d’avancement, notamment pour concevoir la centrale hydroélectrique du futur.

Il y a quelques mois, grâce à notre collaboration avec le pôle de compétitivité Axelera, nous avons eu l’immense satisfaction de voir labelliser notre projet BOREAL au FUI 16 avec la notation maximale A+. Ce projet traite du bio-renforcement des ouvrages en remblais, autrement dit il met les bactéries au service de la protection des vies humaines face au risque sismique. En effet, la multiplication des catastrophes naturelles et le décret de 2007 sur la sécurité des barrages durcissent les normes de sûreté des ouvrages hydrauliques.

BOREAL a pour objectif de développer une technique de confortement des digues en terre immergées dans l’eau moins invasive et plus écologique. Si l’utilisation des bactéries en tant que bio-calcificateurs est déjà avérée, la nouveauté de ce projet consiste à valider ce procédé en présence d’eau. Une formulation innovante permet aux bactéries de fabriquer un squelette de calcite solidifiant la matière, tout en conservant la perméabilité nécessitée par l’ouvrage. La résistance et la cohésion ainsi obtenues diminueront les risques de liquéfaction lors des séismes et d’érosion interne, sans écoulement dans la nappe phréatique. BOREAL mobilise huit partenaires : le porteur du projet Soletanche Bachy, les groupes CNR et EDF, les PME Geophyconsult et Enoveo, les laboratoires LTHE et 3SR et l’Université d’Angers.

Les procédés de géotechnique actuellement disponibles pour prévenir ces risques sont très intrusifs et peuvent avoir un impact écologique négatif. BOREAL débouchera donc sur un procédé de rupture, et permettra de créer une nouvelle filière française d’excellence. Les résultats seront facilement transposables en France et à l’international, et d’importantes retombées économiques sont attendues.

Kamitis : INDURA supporte l’innovation notamment en croisant différentes technologies comme l’illustre le projet exposé plus haut. Comment se fait la sélection des projets soutenus par ce cluster ?

A. Wudtavee : INDURA fait émerger et soutient des projets qui répondent à de véritables enjeux sociétaux et qui présentent un fort potentiel de retombées économiques, par la commercialisation d’un produit ou procédé innovant. Nous nous efforçons également de changer l’image du génie civil et des travaux publics, domaines trop souvent perçus comme peu innovant. A tort, j’en veux pour preuve les 40% de projets rhônalpins acceptés au FUI en relation avec les thèmes de notre cluster !

INDURA dispose d’un Conseil Scientifique, composés d’experts reconnus dans leur domaine, qui évalue les projets pur s’assurer de leur qualité scientifique et technique, ainsi que de la faisabilité des projets. Après expertise, ce conseil peut décider de soutenir et labelliser des projets en lien avec les thématiques du cluster.

En outre, c’est dans la confrontation des idées et des points de vue que naissent les projets les plus innovants. Ceci, INDURA l’a bien compris, en stimulant les échanges et les liens avec des métiers et des territoires différents, représentés par d’autres pôles et clusters. Les biotechnologies, comme exposé plus haut, mais également la chimie, la réalité virtuelle, les nanotechnologies... Les synergies sont le plus souvent naturelles, nous n’hésitons pas à nous solliciter entre pôles lorsque nos compétences nécessitent d’être croisées, pour des innovations encore plus probantes. Nous avons également signé des conventions de partenariat avec les pôles Advancity (ville et mobilité durables) et LUTB (transport et systèmes de mobilité).

Kamitis : INDURA propose un accompagnement notamment dans le domaine des ouvrages hydrauliques, pouvez-vous nous présenter cet axe là ?

A. Wudtavee : Le Conseil Scientifique d’INDURA a identifié lors de son séminaire stratégique annuel les thèmes prioritaires, parmi lesquels figurent la rupture des ouvrages par affouillement ou érosion, la résistance des ouvrages soumis aux séismes et les biotechnologies et dépollution.

Un des projets qui nous mobilise le plus en ce moment concerne le traitement biotechnologique des ouvrages de pompage d’eau, c’est-à-dire l’utilisation de bactéries pour lutter contre le colmatage des champs captants. Pour des ouvrages hydrauliques plus sûrs et des pratiques plus respectueuses de l’environnement.