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Smart City - Dr Valérie ISSARNY

15 avril 2014

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La "Smart city" incarne l’innovation et la technologie au service des citoyens. Qu’il s’agisse de transports, de connectivité, de sécurité, etc., ce concept recouvre les solutions pour les métropoles du futur.

Valérie ISSARNY, directrice de recherche à l’Inria Paris-Roquencourt, nous décrit les efforts entrepris pour la conception et le développement de la ville intelligente.

Kamitis : Depuis plusieurs années, vous vous intéressez aux problématiques liées à l’internet du futur. Pouvez-vous nous présenter vos travaux de recherches ?

V.ISSARNY : Les recherches des équipe-projets Inria ARLES et MiMove qui lui succède sont centrées sur l’étude d’architectures logicielles de systèmes distribués exploitant les technologies de communication du futur et particulièrement les communications mobiles. L’objectif est de développer des méthodes et outils pour faciliter le développement d’applications basées sur ces technologies. Nous nous intéressons plus spécifiquement aux applications dîtes ubiquitaires dont la notion a été introduite dans les années 90 mais qui ne se retrouvent dans notre quotidien que depuis récemment.

L’Internet du futur, incluant l’Internet des objets, joue en effet un rôle essentiel dans le développement de l’informatique ubiquitaire de par la connectivité accrue des équipements et l’intégration des mondes physiques et virtuels, qui sont rendues possibles. Nos dernières recherches sont ainsi focalisées sur l’interopérabilité des systèmes de l’Internet du futur ou encore l’Internet des objets mobiles que nous voyons comme une composante importante de l’Internet du futur. Nous développons pour ce faire de nouveaux algorithmes et protocoles pour faire face à la croissance massive de l’hétérogénéité, de la dynamique mais également de l’échelle des systèmes distribués considérés. Par exemple, ne considérant que le sujet de l’interopérabilité, nous étudions des solutions à la traduction de protocoles à la volée.

Kamitis : Quelle est l’importance de ces recherches au niveau fondamental et au niveau applicatif ?

V.ISSARNY : Comme suggéré précédemment, les sujets de recherche que nous étudions sont essentiels pour un développement effectif de l’Internet du futur et en particulier de l’Internet des objets mobiles qui est, selon nous, appelé à devenir une composante prépondérante de l’Internet du futur. En effet, la diversité des systèmes constituant l’Internet du futur requiert de repenser les solutions à l’interopérabilité car l’approche classique basée sur les standards est trop limitative.

De même, les infrastructures logicielles pour les systèmes de l’Internet des objets mobiles doivent prendre en compte le facteur d’échelle qui va bien au delà de l’Internet que nous connaissons aujourd’hui ; il suffit pour s’en convaincre de considérer le nombre croissant de dispositifs mobiles et des capteurs qu’ils embarquent. Il est également nécessaire de prendre en compte les ressources limitées de nombreux équipements de l’Internet des objets. Enfin, nous considérons que les capteurs mobiles doivent être non seulement physiques mais également sociaux, c’est-à-dire, pouvoir refléter la perception du monde physique par les usagers pour obtenir une information tant qualitative que quantitative sur l’environnement. Pour répondre à ces défis, nous étudions notamment des protocoles probabilistes mais également une caractérisation sémantique des systèmes pour permettre leur composition.

Les systèmes logiciels de l’Internet du futur ouvrent la voie à de nombreuses applications innovantes. Pour notre part, nous nous intéressons aux applications liées à la « ville intelligente » et plus particulièrement aux applications qui impliquent le citoyen dans la gouvernance de la cité, ce qui est rendu possible par l’Internet des objets mobiles couplant capteurs physiques et sociaux. Ces applications vont des applications encourageant l’utilisation des transports publics à des applications de monitorage des nuisances urbaines ou encore des applications spécifiques d’associations citoyennes.

Nous sommes notamment fortement impliqués dans l’initiative Inria sur les villes numériques, appelée CityLab@Inria, qui vise l’étude et l’intégration des nouvelles technologies du numérique pour la ville intelligente, des technologies réseaux aux infrastructures logicielles distribuées et solutions à la gestion et analyse des données collectées. Notre contribution est plus spécifiquement axée sur l’étude des infrastructures logicielles distribuées pour les systèmes urbains qui intègrent nos recherches évoquées plus haut. Nos résultats récents sur ces sujets ont été largement développés dans le cadre de partenariats européens grâce aux programmes cadres de la commission et notamment FP7. Nous avons donc développé les bases d’une nouvelle approche à l’interopérabilité dans le cadre du projet FET CONNECT ainsi qu’une infrastructure logicielle distribuée pour l’Internet du futur dans le cadre du projet CHOReOS.

Kamitis : D’après vous, quels sont les enjeux et les défis que l’internet du futur pourra relever demain ?

V.ISSARNY : Nous n’en sommes qu’à l’émergence de solutions et les verrous scientifiques et technologiques restent nombreux. Il ne faut pas non plus négliger l’importance des expérimentations et notamment des expérimentations à l’échelle réelle. Si l’on prend par exemple le domaine des villes intelligentes, nous ne pourrons évaluer les solutions proposées que si elles sont effectivement déployées. Ceci est également impératif pour comprendre les évolutions nécessaires pour répondre au mieux aux besoins du citoyen. Il ne faut pas non plus sous-estimer les risques possibles associés au développement des villes intelligentes comme les atteintes au respect de la vie privée qui peuvent en découler. Enfin, il est impératif que les recherches se fassent en partenariat étroit avec les différents acteurs concernés.